LE 11 ...
LES GAMBETTES Á LOULOU !
LE 11 ...
LES GAMBETTES Á LOULOU !

LE 11 ... LES GAMBETTES Á LOULOU !



Un collègue qui se suicide devant toute la flicaille de Marseille, Loulou apparemment responsable de ce geste, mon chef adoré qui me fait la gueule sans aucune raison, le petit-fils du mort qui se fait embaucher chez nous et toi qui t’incrustes dans mon enquête.. On aura tout vu dans ce bouquin, même si le meilleur reste à venir.
Alors quand tu veux, tu te concentres parce que je sens qu’une fois encore, je vais être obligée de faire tout le boulot !


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Extrait :

En franchissant le seuil de chez « Gus », la cantine préférée des flics de la Canebière, j’ai l’impression bizarre de m’être trompée d’adresse. Toute l’équipe doit se retrouver ici pour fêter la fin de notre dernière enquête et la mise sous les verrous des deux pédophiles qui avaient sévi à la Blancarde durant plusieurs mois . En toute logique, en cette fin d’après-midi de mai, les rires des clients, les disputes des joueurs de cartes et le volume de la vieille chaîne HIFI du patron devraient résonner douloureusement dans mes jolies oreilles. Mais là, rien d’autre qu’un silence religieux ; une tension perceptible autant qu’incompréhensible règne sur ce petit établissement populaire du quartier de Noailles.
Je lève les yeux sur l’écran de télé, supposant que l’OM vient d’encaisser un but face au PSG – et oui, quoi d’autre pour rendre muet un marseillais ? - mais le poste est éteint. Du regard, je cherche mes collègues de bureau et je tombe sur Lino, qui de loin me faire signe d’approcher tout en posant son index sur la bouche pour m’imposer le silence. Mon commissaire principal préféré affiche un sourire complice et machinalement, j’ajuste mon pull et arrange mes cheveux, comme si ces détails débiles allaient changer quoi que ce soit… Si tu n’as pas eu l’intelligence d’acheter mon premier bouquin ( je sais, je radote, mais y’a de quoi non ?), tu ignores que mon supérieur et moi-même jouons au chat et à la souris depuis plus de neuf ans. Amis intimes mais pas amants du tout, à mon grand désespoir. Grand, toujours bronzé, yeux noirs envoutants, et une musculature mi-footballeur, mi-tennisman… tu vois un peu le tableau ? Pendant que ce dragueur invétéré multiplie les conquêtes de passage, je joue l’indifférente mais aucun de nous deux n’est dupe, ce qui entretient le suspens… Déformation professionnelle sans doute.
Bref, pour l’instant, j’ai un autre mystère à éclaircir : que se passe-t-il chez Gus ???
A pas de loup, je m’approche de Lino qui s’est poussé pour me faire une petite place sur sa chaise ( Yes ! ), et là, je commence à comprendre… Les sièges sont installés en cercle autour d’une seule petite table ronde en marbre presque aussi vieille que ton matelas. Y sont assis face à face le brigadier Duval, une espèce d’armoire à glace pas très futé mais impressionnant par sa carrure et ses mains de boucher, et un petit bout de femme haute comme trois pommes, à la silhouette d’une gamine de 16 ans à peine formée. Tu l’as compris, il s’agit de Loulou, ma plus fidèle amie et subordonnée, qui sans aucun doute aurait été l’égérie de Pagnol s’ils avaient vécu à la même époque.
M’ayant dans son champ de vision, Loulou m’adresse un clin d’œil furtif et malicieux. Puis, son visage redevient fermé, concentré. Les deux adversaires se regardent dans les yeux et soudain, Loulou, ( Louisette épouse Louis…) demande à Duval :

- Escuse Jeannot, tu permets qu’on s’en rejette un autre, je sens que j’ai besoin de force et tu peux pas me refuser ça ? De toutes les façons, je crois que tu crains plus déguin maintenant, tu les as tous mis fanny.

L’autre n’attendait apparemment que ça, puisque, faussement magnanime, il répond :

- Et ça va, je veux bien te faire plaisir pour ce coup, mais fais gaffe, tu bois trop hein ! C’est pas bien joli pour une femme !
- T’inquiète pas pour moi, et commande-nous deux doubles va ! A moinsse que tu te sentes plus l’alcool ?

Piqué dans sa fierté, Duval hurle :
- Oh Gus, envoies deux doubles, y’a Loulou qui va nous faire un malaise !

Dans la salle, les hommes sont admiratifs. Ma copine semble bien supporter l’alcool. Pourtant, dès qu’elle boit un verre de vin, ses joues s’enflamment et elle devient tout à fait incapable de coordonner ses gestes. L’explication est simple, Loulou ne boit d’ordinaire que de l’eau, de l’eau du robinet, du robinet de Marseille parce que La plus bonne de Frince. Ni whisky, ni Martini, ni Champagne, rien, pas même une goutte de Pastis noyée dans un verre. Je me tourne vers Lino pour avoir des explications :

- Que font-ils ? Ils se saoulent la gueule et le meilleur gagne ?
- Non, c’est une partie de bras de fer. Duval vient de gagner 9 adversaires, et ta dingue de copine s’est proposée pour le dernier duel !
- Quoi ? Mais elle est folle ! Tout le monde connaît sa force, mais contre Duval ! Il va lui casser le bras !Il faut arrêter cette farce stupide ! Elle est saoule ou quoi ??? Ca fait combien de verres ?
- Pour cette dernière partie, le septième je crois, répond Lino en retenant difficilement un fou rire.

Pendant que nous discutons, Loulou relève ses manches en chancelant sur sa chaise :

- Allez Jeannot, cul sec et on y va, j’ai pas que ça à faire moi !

Les deux adversaires sifflent leur double Tequila d’une traite, reposent bruyamment les verres sur la table et se mettent en place.

- Putain Jeannot, attends deux secondes que je tombe la veste, elle me gêne aux entournures. Eh Gus ! Porte-moi le bottin que je m’assoie dessus, je suis trop petite. Mène-moi les deux, celui de la ville et celui du département, ça me donnera la bonne hauteur. Et merde, maintenant j’ai envie de pisser avè tous ces verres qu’on vient de descendre. T’as pas la vessie comme un ballon de foot toi ? Non ?,,,Bon j’y vais, je fais vite. Tè, pour me faire pardonner, je t’offre le dernier.

Elle fait signe au patron de resservir un double, et se dirige difficilement vers les toilettes en serrant les cuisses pour éviter de se faire dessus. C’est lamentable ! Quel spectacle ! Dans la salle, les commentaires reprennent en attendant le retour de la challenger. J’apprends que des paris ont été pris. Loulou est à 65 contre un, et les participants se frottent les mains, tout en y allant de leurs conseils :

- Jeannot, va-y mollo, laisse z’y une petite chance ! Tu vas pas nous la faire tomber de suite. Et surtout n’y casse pas le poignet !

Et ça rigole, ça se moque, ça anticipe… Lino est mort de rire. C’est rare de le voir si détendu, surtout dans ce bar où il ne met que très rarement les pieds… Trop vulgaire pour cet homme qui ne s’habille que chez les grands couturiers… Il m’énerve ! Pourquoi a-t-il laissé Loulou s’engager dans cette bataille ? Il sait qu’elle ne tient pas l’alcool ! J’allais lui en faire la remarque quand elle refait son entrée dans la salle en hurlant :

- C’est bon, j’ai fait pipi, on peut y aller !

Et sans plus attendre, elle s’assoie sur les annuaires, ajuste ses manches, passe sa langue sur les lèvres, et pose son coude bien au centre de la table. Maintenant qu’elle n’a plus sa veste, tout le monde a une vue magnifique sur son décolleté, surtout qu’elle est obligée de se pencher pour se mettre à la même hauteur que Duval. Oh ! Il n’y a pas grand-chose à voir, la pauvre est plate comme une limande, mais les hommes n’en ont que faire, et se délectent devant ce paysage généreusement offert. Totalement éméché, Duval se met en position et attrape la main frêle de Loulou, qui disparaît complètement dans cette imposant ensemble de doigts. Une dernière fois, elle me lance un sourire complice, puis plante son regard dans les yeux de son adversaire en y mettant tout le charme dont elle est capable. L’autre ne sait plus où regarder. Les seins, les yeux… il est hypnotisé !
Doucement, elle lui parle :

- Putain t’es fort toi ! Tu m’impressionnes tu sais ! Si seulement mon Fredo il était bâti comme toi.. Tu me fais rêver tu le sais ?

J’ai du mal à entendre la suite, mais je commence à comprendre son manège. Lentement, elle se rapproche de Duval, qui respire de plus en plus fort. Leurs visages ne sont plus qu’à une dizaine de centimètres. Nous retenons tous notre souffle, en surveillant les deux bras. Rien ne bouge. La partie traîne en longueur et les deux combattants s’observent. Enfin, pour être précis, l’un observe et l’autre montre… Et puis, en une seconde, alors qu’un téton fait son apparition dans le champ visuel de Jeannot, Loulou pousse un cri de Ninja et plaque la main du pauvre Duval sur la table ! Et là, c’est le délire total ! Tandis que le perdant fixe son poignet sans comprendre, Loulou grimpe sur la table et entame une danse du ventre sous les applaudissements et les sifflets admiratifs de son public. La salle est survoltée. Les malheureux qui avaient parié sur le mauvais cheval font bonne figure et préfèrent saluer une victoire autant méritée qu’inattendue. Après avoir dignement savouré son exploit, Loulou s’approche de Duval et s’assoie sur ses genoux en l’embrassant bruyamment sur la joue :

- Allez Jeannot, fais pas la tête va ! Tu sais bien que tu es imbattable à ce jeu là… Seulement, je le sais aussi, et j’ai un peu triché avè la chance… Tandisse que tu avalais des tonnes de Tequila, moi c’est de l’eau que Gus y mettait dans mon verre… Alors toi, entre tous les doubles que tu as descendus depuis le début du tournoi, et mes tétés qui t’empêchaient la concentration, t’étais plus toi-même vè ! Heureusement que je ressemble plus à la Birkine qu’à la Pamela Andersonne, sinon c’est toi tout entier que j’aurais mis sur la table !!!

Sur ce, elle éclate de rire, lui claque un dernier bisou sur le front, et se dépêche de me rejoindre pour entendre mes commentaires. J’ai beau la connaître par cœur, elle réussit toujours à m’étonner d’avantage. A quarante ans passés, elle a su garder son âme d’enfant, avec toute la naïveté, la spontanéité et la sensibilité que cela comporte. Incapable de retenir ses larmes et sa colère quand le métier nous confronte aux horreurs de la vie, mais tout aussi incapable de se conduire en adulte dès qu’une bonne farce se présente.

- Alors Mira ? T’as apprécié comment j’ai bien tourné la situation à mon avantage ? Comment je l’ai roulé dans la farine le Jeannot !!! Tu sais quoi ? C’est Lino qui a joué le complice en demandant à Gus de mettre de l’eau dans mon verre. Je pouvais pas y aller moi-même, sinon ça aurait pu me porter préjudice !
- Tu m’as fait peur tu sais ! T’es complètement dingue.et c’est quoi ces manières de montrer ta poitrine à tout le monde ! Tu n’as pas honte ?
- Honte ? Et pourquoi j’aurais honte ? Y’a rien à voir ! Et ne fait pas ta pudique hein ! Quand on va à la plage l’été, tu te gènes pas pour les montrer, et y’a de la marchandise ! Allez, on rejoint les collègues, ta grenadine va chauffer.

Sur ces belles paroles, toute l’équipe se retrouve dans la bonne humeur, pour trinquer bien plus à la victoire de Loulou qu’à la conclusion de notre dernière enquête. Bonne pâte, l’héroïne du jour cherche Duval des yeux pour l’inviter à se joindre à nous, mais, sans doute vexé, ce dernier n’est plus dans le bar.
- Je suis certaine qu’il se cache dans les cabèches. J’y vais, je veux pas qu’y m’en veuille, je l’aime bien Jeannot.

En attendant son retour, Lino me raconte rapidement sa soirée, plus pour se renseigner sur la mienne que pour me faire partager ses impressions cinématographiques. Je commence à élaborer dans ma tête une histoire bien croustillante d’un dîner aux chandelles avec mon amant imaginaire quand Loulou se plante à côté de nous, tremblante et blême :

- Suivez-moi aux chiottes, y’a un gros problème…

Le visage de mon amie est livide. Ses lèvres tremblent et je sens qu’elle est sur le point de s’évanouir. Lentement, Lino et moi la prenons par le bras et nous dirigeons vers les toilettes en tentant de passer inaperçus. Nous nous entassons tous les trois dans le petit espace lavabo, et tandis que j’essaye d’ouvrir la porte des WC, je m’aperçois qu’elle est fermée. Loulou avait pris le soin de la verrouiller, ce qui ne manque pas d’attiser ma curiosité. Elle me tend la clé et recule contre le mur en détournant le regard. Lino pousse alors le battant et le spectacle qui s’offre à nous est effrayant : Jeannot Duval, que nous croyions parti rapidement du bar, est assis sur les toilettes, une balle dans la tempe et un revolver à la main. Sa mort ne fait aucun doute, à première vue par suicide.
- C’est ma faute ! Hurle Loulou. C’est à cause de moi, je l’ai saoulé, il avait plus sa tête, je l’ai humilié devant les collègues ! Je suis une assassine !

Et elle s’écroule par terre, en pleurant de rage et de tristesse.

Mirabelle Barane aux Editions du Vallon.
ISBN : 978-2-95629-1-0
Prix : 8.00 euros

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